mardi 10 mars 2009

Revolutionary road - critique -

Etats-Unis dans les années 50. Le parcours d'un couple, Frank et April Wheeler, qui souhaite et qui tente de mener une vie bien à eux mais qui les mènera hélas droit au désastre.
Ce qui frappe tout de suite quand on lit le synopsis, c'est qu'on est en droit d'imaginer que Sam Mendes réalise là un énième long-montrage sur le rêve américain, avec ces piques bien saignants et ces réparties faciles comme il en est d'usage. Or, force est de constater que Revolutionary road (traduit merdiquement par "Les noces rebelles" dans notre cher pays) va très loin et nous propose d'évoluer au sein d'un couple (comme il aurait pu être le nôtre) magnifiquement et parfaitement interprété par les mythiques Dicaprio/Winslet. Lui, c'est l'anticonformisme ; elle c'est l'anticonformisme. Seulement, l'un se pliera à l'usure aux lois de la société ; et l'autre bataillera corps et âme pour repousser cette façon de vivre qui ne lui ressemble pas.
Au long de ces deux heures éprouvantes faites de disputes enragées et de crises de larmes, Mendes nous invite, à la manière de son American Beauty, à réfléchir sur la vie. Au début, Frank et April incarne le réceptacle de tous nos espoirs : ils sont beaux, jeunes et petit à petit, ils sont motivés comme jamais pour mener à bien leur rêve : tout plaquer pour vivre à Paris, la femme travaillant et subvenant aux besoins de la famille. Seulement, ce genre d'aventure fait tâche dans cette Amérique dont le rêve consiste à ce que la femme , après un petit-déjeuner préparé avec amour, embrasse son mari sous le porche avant qu'il parte travailler. Lever à la même heure, même tenue vestimentaire pour tous, ennui au travail, rentrée à la maison à la même heure... cette routine abat Frank sous toutes les coutures et il compte bien résoudre ce problème. De son côté, April est enfermée dans sa cage dorée, paisible maison banlieusarde, et le fait même de devoir ressembler à ses voisines (dans leurs tabliers de cuisinière toutes pimpantes) lui est insupportable "Je ne peux pas partir. Je ne peux pas rester. Ma vie est absurde...".

Tout le film est donc un combat permanent et déchirant contre ses propres désirs et ses propres aspirations. Pourquoi en effet cette idée ridicule selon laquelle il faut à tout prix faire parti du moule de la société ? Sommes nous si homogènes que cela pour devoir vivre dans un milieu où chacun s'habille et vit de la même manière ? Frank et April ont compris tout cela. Malheureusement, la pression de cette société matérialiste est si étouffante qu'elle les mènera droit au désespoir. Frank sera comme "intégré" : pourquoi partir pour l'inconnu quand on a le confort d'un bon salaire et d'un statut respectable ? April se désintégrera sous les yeux de son mari et de ses voisins, où chacun est capable de percevoir le malaise ambiant de l'autre (ce qui exclue de leur venir en aide). Le porte-parole intérieur, ou ce qui peut être considéré comme leur conscience, est incarné par un retardé d'esprit en droit d'être considéré pour "fou" par les uns, mais au bout du compte pour le "bienheureux solitaire" par les autres, ceux qui aspirent intérieurement à cette même marginalité. Son sort étant tout droit tracé (un malade mental), il n'hésite donc pas à crier sans vergogne les fissures saignantes de cette Amérique putréfiée d'hypocrisie qui n'hésite pas à utiliser le malheur des uns pour en faire le bonheur des autres. Ce déchirement, véridique et incontestable, fait peur et Revolutionary road ne manque pas de le faire rappeler notamment avec la scène de fin, d'une audace inouïe. On ressort de la salle sans plus trop quoi penser, quoi faire. Existe t-il une solution pour vivre notre propre vie sans pour autant nuire notre relation à l'Autre ? La réponse repose sur le fil du rasoir. Sam Mendes a produit ici un film époustouflant de vérité et de complexité, qui ne serait sans doute rien sans le jeu exceptionnel de Léo et Kate. Loin d'être simple, Revolutionary road nous invite à réfléchir et à faire état des lieux de nos vies. Le constat peut-être rassurant... comme il peut-être très démoralisant.

2 commentaires:

Arnaud a dit…

Ce film est vraiment mon coup de cœur du moment décidément Sam Mendes est vraiment un réalisateur qui sait à chaque fois me toucher!
A +

Tom-tom a dit…

Comme quoi un jeu d'acteur habité vaut bien mieux que des effets spectaculaires pour être touché!
Sans compter aussi la B.O de Thomas Newman évidemment...:-)
++