lundi 9 juin 2008

Marie Antoinette - critique -

Evocation de la vie de la reine d'origine autrichienne, épouse mal-aimée de Louis XVI, guillotinée en 1793.Au sortir de l'adolescence, une jeune fille découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l'autre sans aménité. Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu'on lui impose. Elle s'évade dans l'ivresse de la fête et les plaisirs des sens pour réinventer un monde à elle.
Ce qui peut paraître très problématique, c'est que réaliser un film historique en retraçant la vie d'une reine aussi complexe que Marie Antoinette sans tomber ni dans la caricature ni dans les préjugés peut être très difficile à mettre sur pellicule. Alors en plus, quand on sait que c'est une Américaine bobo qui s'y colle, que le film sera tourné dans la langue de Shakespeare et qu'il sera agrémenté d'une sauce pop-rock dans tous les coins, on peut prédire le pire à venir. Mais il faut admettre que le résultat est bluffant.
Certes, de nombreuses erreurs historiques viennent ponctuer le film :
- la reine, lors de son "décalotage de robe", apparaît nue. Hors, la dauphine de France n'apparaissait jamais nue en public au grand air.
- son mari le roi Louis XVI lui offre la clé du petit Trianon. Dans le film, Marie Thérèse est bébé. Elle avait en fait dans les quatre ou cinq ans.
(etc..)
Cependant, et Sofia Coppola l'a dit à de nombreuses reprises, Marie Antoinette n'est pas un film historique mais artistique. Elle veut souligner l'idée par le biais de ce personnage controversé, la fin d'une adolescence prématurée et l'engouement d'une femme dans les fêtes pour qui la pression d'un peuple et d'une Cour n'avait jamais atteint un tel paroxysme. Même si l'on sent bien le parti pris de Coppola pour la reine (se faisant un peu son avocate), on est forcé de reconnaître que Marie Antoinette était avant tout une femme qui ne supportait pas les étiquettes, qui fut meurtrie par le poids écrasant des codes et surtout elle était une femme qui ne se sentait pas libre. Il est aussi clair que Louis XVI se sentait aussi étouffé. S'il fût un piètre roi, c'est parce qu'il était trop jeune quand il accéda au trône, et parce que son père ne l'a formé que très peu au métier. Alors oui, il a cette image international de l'homme niais très peu intéressé aux plaisirs de la chair mais plus aux plaisirs de la bouche, mais ce qu'on ne peut pas retiré au caractère de Louis XVI, c'est qu'il fût un homme volontaire. Mais toutes ses erreurs se sont rabattues (sans raison) sur la réputation de celle qu'on appelait l'espionne autrichienne. Finalement, et le film le met bien en avant, Marie Antoinette fut tout simplement mal-aimée et malmenée dès le départ et entra en France à une phase critique. Elle était comme on dit, au mauvais endroit au mauvais moment. Après bien sur, c'est infiniment plus complexe que cela, mêlant enjeux politiques et économiques. Mais ça, le film ne le met pas en avant.
Le film est un peu comme un bonbon. On en déguste chaque instant. Les décors sont les vrais (Château de Versailles) appuyant sur le côté docu-fiction, et les costumes n'ont rien à envier de ceux de Barry Lindon car c'est la même costumière qui s'est occupé de cette tâche (et qui fût oscarisée à juste titre). Les musiques, tant appréhendées, se fondent dans les scènes comme de la meringue coincée sous la langue. Le rock colle parfaitement à l'esprit décadent de Versailles et on se met à danser, et à tourbillonner intimement autour de notre reine. Kirsten Dunst, plus mutine que jamais, campe une Marie Antoinette très réaliste et dépassée par les évènements. A ajouter la sublimation de la photographie, le film réunit le podium le plus important à mes yeux : Décors - Musiques - Costumes. Pour un film de ce gabarit, je pense que c'était la tâche la plus lourde, et Coppola s'en sort admirablement bien pour une étrangère.
Au final, je n'émettrais pas plus longuement une critique historique sur les évènements car est important ici mon point de vue sur le film. Ce que je dirais donc, c'est que Sofia Coppola a été jusqu'au bout de ses idées, a finalement été une Marie Antoinette sur le tournage (la pression des historiens français sur son dos) et qu'elle a réalisé un film tout simplement sublime avec quinze terrifiantes dernières minutes (qui nous laissent scotchés, le coeur palpitant) mais qui nous laisse malheureusement sur notre fin... Sous cet amas gargantuesque d'informations et le souci des véracités historiques, elle a su retenir que l'essentiel pour permettre au spectateur d'effacer son incompréhensible haine envers cette Reine ("Elle a affamé le peuple" : argument un peu sommaire et contre-indicatif) et a réussi à nous faire replonger dans cette période clé de l'Histoire de France.

1 commentaire:

JS a dit…

Le petit clin d'oeil converse à noter dans le film ;))